L’An Nouveau

Il est de mode chez les paysans du Nord de s’en aller ce jour-là, surprendre, bien avant l’aube, au saut du lit, parents, voisins et amis. C’est à qui le premier ouvrira la porte pour dire, dès le seuil, les paroles de bons souhaits. Il n’est pas quatre heures du matin qu’on entend, à travers…


Il est de mode chez les paysans du Nord de s’en aller ce jour-là, surprendre, bien avant l’aube, au saut du lit, parents, voisins et amis. C’est à qui le premier ouvrira la porte pour dire, dès le seuil, les paroles de bons souhaits. Il n’est pas quatre heures du matin qu’on entend, à travers chaque village, un bruit de volets qui s’ouvrent, une galopade de sabots, un échange de salutations. Et puis on s’embrasse, on s’embrasse sans façon, rondement, à pleine bouche. Sur les joues tannées et les joues fraîches les baisers tombent dru. On s’embrasse beaucoup, à la campagne le jour de l’an. Il n’y a pas de réserve qui tienne, point de caste qui résiste. Bon gré, mal gré, le frottement des museaux dure jusqu’au soir.
   Dans les maisons où l’on se rend, il est de politesse d’accepter le « petit verre » — genièvre (de Wambrechies) ou eau-de-vie – qu’on présente aux hommes ou la tasse de café qu’on offre aux femmes. L’une n’a d’ailleurs ni les mêmes effets ni les mêmes inconvénients que l’autre. Il arrive que, midi sonnant, de braves pères de famille, debout depuis l’aube, flageolent plus qu’il ne sied. On n’y voit pas malice, cependant. Car quiconque est un peu saoul prouve d’une façon péremptoire qu’il a beaucoup d’amis !