Bocquet et Mousseron : le Nord en partage

Quand on évoque Léon Bocquet, on pense volontiers au grand traducteur des auteurs anglophones. Mais Bocquet avait aussi une autre spécialité : traduire les voix du Nord, celles qu’on reconnaît sans dictionnaire, à l’oreille et au cœur. C’est ainsi qu’il s’est intéressé aux écrits de Jules Mousseron, mineur et poète né à Denain en 1868,…


Quand on évoque Léon Bocquet, on pense volontiers au grand traducteur des auteurs anglophones. Mais Bocquet avait aussi une autre spécialité : traduire les voix du Nord, celles qu’on reconnaît sans dictionnaire, à l’oreille et au cœur.

C’est ainsi qu’il s’est intéressé aux écrits de Jules Mousseron, mineur et poète né à Denain en 1868, père du célèbre Cafougnette. Tous deux étaient du Nord, tous deux parlaient (et comprenaient) le patois rouchi, et tous deux partageaient bien plus qu’un goût pour les mots bien sentis. Ils avaient en commun une terre, une langue… et des blessures.

Car Bocquet comme Mousseron ont été profondément meurtris par l’occupation allemande durant la guerre de 14. Le Nord envahi, les villes et les mines sous contrainte, la vie quotidienne bouleversée : cela forge des regards, durcit parfois les mots, mais renforce aussi l’attachement à ce qui fait l’identité d’un peuple.

Traduire Mousseron, pour Bocquet, ce n’était donc pas seulement passer du patois au français : c’était transmettre une mémoire, une résistance par l’humour, une façon de dire que Cafougnette pouvait encore rire, même quand l’Histoire pesait lourd. Quand on a connu la même occupation, les mêmes privations et le même pays meurtri, on se comprend à demi-mot… surtout quand ce mot est en rouchi.